Afrique du Sud : un corridor de manganèse de 2,7 milliards de dollars pour réorganiser la chaîne logistique vers Ngqura

Afrique du Sud : un corridor de manganèse de 2,7 milliards de dollars pour réorganiser la chaîne logistique vers Ngqura

Afrique du Sud : le corridor de manganèse devient une priorité d’investissement logistique

L’Afrique du Sud engage une nouvelle étape dans la restructuration de son système d’exportation minière. Transnet, l’opérateur public des infrastructures ferroviaires et portuaires, a lancé le processus de sélection d’un partenaire privé pour développer et exploiter le corridor de manganèse de Ngqura. Le projet pourrait représenter jusqu’à 44 milliards de rands, soit environ 2,7 milliards de dollars.

Le corridor doit relier les zones minières du Northern Cape, notamment autour de Hotazel, au port de Ngqura, dans l’Eastern Cape. L’objectif dépasse la construction d’un nouveau terminal : il s’agit de réorganiser une chaîne logistique aujourd’hui répartie entre plusieurs points de traitement, le transport routier et les infrastructures ferroviaires.

Pour un pays qui figure parmi les principaux producteurs et exportateurs mondiaux de manganèse, l’enjeu est directement lié à la compétitivité des exportations. Selon Reuters, l’Afrique du Sud a exporté environ 26 millions de tonnes de manganèse en 2025.

De la mine au port : pourquoi le modèle logistique doit changer

Le projet de Ngqura repose sur une logique simple : concentrer les flux, renforcer le rail et intégrer davantage les opérations portuaires.

Aujourd’hui, les exportations de manganèse dans l’Eastern Cape passent notamment par les installations de Port Elizabeth et de Ngqura. Cette organisation a progressivement créé plusieurs points de manutention et une utilisation importante du transport routier. Transnet estime que cette fragmentation contribue à augmenter les coûts logistiques et les impacts environnementaux et sociaux dans la zone de Nelson Mandela Bay.

Le futur dispositif doit donc rapprocher les différentes composantes de la chaîne :

Mines du Northern Cape → rail → corridor de Ngqura → terminal d’exportation → transport maritime.

Le corridor ferroviaire concerné s’étend sur environ 1 100 kilomètres entre les zones minières du Northern Cape et Ngqura.

Cette distance donne au rail un rôle central. Pour une matière première lourde et transportée en volumes importants, la capacité ferroviaire conditionne directement la capacité d’exportation du port.

Un investissement pouvant atteindre 44 milliards de rands

Le projet est structuré autour d’une participation importante du secteur privé.

Selon les informations publiées par Transnet, le programme pourrait représenter entre 30 et 44 milliards de rands. Le nouveau terminal pourrait mobiliser environ 16 milliards de rands, tandis que les infrastructures ferroviaires nécessiteraient entre 10 et 20 milliards de rands. Les opérations ferroviaires et le matériel roulant représenteraient également plusieurs milliards de rands.

Le modèle envisagé prévoit deux structures spécifiques.

La première couvrirait notamment le développement et l’exploitation du terminal, les opérations ferroviaires, la gestion du matériel roulant et la gestion du corridor.

La seconde serait consacrée au financement, à la réhabilitation et à la maintenance des infrastructures ferroviaires. Elle pourrait nécessiter jusqu’à 20 milliards de rands.

Transnet conserverait une participation majoritaire de 51 % dans la structure chargée du terminal et des opérations du corridor, tandis que le partenaire privé détiendrait 49 %.

Une capacité initiale de 12 millions de tonnes par an

Le futur corridor devrait disposer d’une capacité d’environ 12 millions de tonnes de manganèse par an, avec la possibilité d’atteindre environ 16 millions de tonnes, en fonction de la demande et des investissements nécessaires.

Cette montée en capacité est stratégique pour la chaîne d’exportation sud-africaine.

Le problème n’est en effet pas uniquement la disponibilité du minerai. Une production minière importante ne génère pas automatiquement une capacité d’exportation équivalente. Il faut disposer simultanément de trains disponibles, d’infrastructures ferroviaires performantes, de capacités de stockage, de systèmes de manutention et d’un terminal portuaire capable d’absorber les volumes.

La performance du corridor devient donc un facteur déterminant de la performance minière.

Réduire le recours au transport routier pour améliorer les coûts

L’un des effets recherchés est la diminution des mouvements routiers liés à l’acheminement du manganèse.

La configuration actuelle implique plusieurs opérations de manutention et une utilisation importante du camionnage. La consolidation autour de Ngqura doit permettre de réduire les transferts routiers, les congestions locales et les mouvements de marchandises dans la métropole de Nelson Mandela Bay.

Pour les chargeurs, l’intérêt est directement opérationnel : moins de ruptures de charge, davantage de prévisibilité et une meilleure synchronisation entre le rail et le port.

Pour les autorités publiques, l’enjeu porte également sur les externalités : congestion urbaine, émissions liées au transport routier, poussières et occupation des infrastructures routières.

Pourquoi cela compte pour les corridors africains

Le projet de Ngqura illustre un enjeu majeur des corridors africains : la compétitivité ne dépend pas uniquement de la capacité d’un port ou d’une mine, mais de la coordination de toute la chaîne logistique.

En Afrique australe, où les flux miniers constituent une part importante du commerce régional et international, l’intégration mine–rail–port–marché international peut devenir un levier essentiel pour réduire les coûts et améliorer la fiabilité du fret.

Un enjeu qui dépasse le manganèse

Le manganèse est principalement utilisé dans la fabrication de l’acier et trouve également des applications croissantes dans les technologies de batteries.

Cette évolution renforce l’importance stratégique des infrastructures d’exportation.

Pour l’Afrique du Sud, améliorer le corridor signifie donc chercher à maintenir une chaîne d’approvisionnement compétitive entre ses ressources minières et les marchés internationaux.

Le sujet concerne également l’écosystème industriel régional. Une infrastructure ferroviaire plus fiable peut améliorer l’accès au réseau pour différents producteurs, réduire certains goulets d’étranglement et renforcer les connexions entre les zones minières et les infrastructures portuaires de la SADC.

Quel rôle pour la ZLECAf ?

Le projet de Ngqura est avant tout orienté vers les exportations internationales de manganèse. Son impact direct sur le commerce intra-africain est donc différent de celui d’un corridor reliant plusieurs marchés terrestres africains.

Mais son intérêt pour la ZLECAf se situe dans une problématique plus large : celle de la réduction des coûts de transport et de l’amélioration des infrastructures permettant aux économies africaines de mieux valoriser leurs ressources.

Un corridor performant peut également favoriser le développement de chaînes de valeur régionales lorsque les activités de transformation, de fabrication ou de services logistiques se développent autour des infrastructures existantes.

L’enjeu n’est donc pas seulement d’exporter davantage de minerai, mais de disposer d’infrastructures capables de soutenir une évolution progressive vers davantage de transformation et de valeur ajoutée sur le continent.

Les investisseurs face à une infrastructure stratégique

Le projet présente plusieurs caractéristiques susceptibles d’intéresser les investisseurs spécialisés dans les infrastructures : concession de longue durée, infrastructure ferroviaire existante à réhabiliter, nouveau terminal portuaire et volumes importants de marchandises.

La concession envisagée doit s’étendre sur 25 ans. Les candidats devront également démontrer leur capacité financière et leur expérience technique et opérationnelle.

Le processus est encore au stade de la sélection des candidats. Transnet a publié son appel à qualifications en septembre 2026 et la date limite des candidatures est fixée au 26 février 2027.

Il faudra donc suivre plusieurs indicateurs avant de mesurer les gains réels : calendrier des travaux, financement, disponibilité du matériel roulant, capacité ferroviaire effective, performance du terminal et évolution des volumes exportés.

 le rail comme infrastructure de compétitivité minière

Avec le corridor de Ngqura, l’Afrique du Sud cherche à traiter le problème logistique en intégrant davantage rail, terminal portuaire et opérations de fret.

L’investissement potentiel de 44 milliards de rands montre surtout que la compétitivité d’une matière première stratégique dépend désormais autant de la qualité des infrastructures que de la disponibilité des ressources naturelles.

Pour les chargeurs et les opérateurs logistiques, le principal indicateur à surveiller sera la capacité du nouveau modèle à réduire les ruptures de charge, améliorer la régularité ferroviaire et diminuer les coûts d’acheminement.

Pour les investisseurs, le projet constitue un cas important de participation privée dans une infrastructure de corridor en Afrique australe. Pour les autorités régionales, il illustre enfin une question centrale : comment transformer les ressources minières africaines en chaînes logistiques plus intégrées, plus prévisibles et plus compétitives ?